QUESTIONS A VERONIQUE BECHU

Véronique BECHU
Commandant de police
Chef du Groupe central des mineurs victimes
Office Central pour la Répression des Violences aux Personnes
Direction Centrale de la Police Judiciaire

Qu’évoque pour vous cette bande-dessinée ?
« La bande dessinée est un excellent vecteur de communication, d’information et de prévention qui a déjà fait ses preuves tant auprès d’un large public, qu’auprès des plus jeunes. C’est visuel, percutant et très explicite. Tout un chacun comprend très vite les enjeux d’un signalement dans la thématique visée par cette mini-BD. Ce support très explicite et éducatif mériterait de ce voir adjoint une version papier avec des bulles en braille et une version en ligne avec une voix off.
La mise en situation évoquée dans le cas présent est malheureusement d’une banalité affligeante : une personne proche en qui l’on a toute confiance, qui en abuse et qui assouvie ses envies criminelles à l’égard d’un enfant, pouvant être très jeune. Chaque jour, des mineurs en sont victimes. Ici il s’agit d’un oncle, mais cela peut être un père, une mère (un sujet encore tabou), mais aussi au-delà de l’inceste, ce peut également être un professeur, un entraineur de son club de sport… en somme toute personne en contact avec un enfant. »

Selon-vous, le signalement en ligne est-il un outil efficace pour lutter contre ces phénomènes ?
« Le signalement en ligne est un outil très efficace. Il permet d’anticiper (voire parfois de pallier le manque) la révélation intentionnelle des faits pour la victime. Libérer sa parole est un acte d’un grand courage pour une victime d’abus sexuel(s). Signaler ce que l’on constate que ce soit en ligne ou hors ligne n’est pas anodin. Il s’agit d’un acte citoyen : mettre hors de danger un enfant. Tout signalement en ligne est important. Ce peut être l’apport d’informations importantes pour des enquêteurs déjà sur le dossier ou le premier acte permettant d’initier une enquête. Ces signalements peuvent sauver des enfants en France mais également partout dans le monde.
Il ne faut jamais avoir peur de signaler. Personne ne vous reprochera de l’avoir fait, si les intentions à l’origine du signalement sont louables. »

Quels conseils donneriez-vous à une victime ou témoin d’inceste et/ou d’abus sexuels sur mineurs en ligne ?
« Dans le cadre de faits d’inceste, concernant les victimes, tout dépend si les faits sont actuels ou non. Je conseille vivement pour les mineurs d’appeler les lignes d’écoute comme le 119 aussi joignable via la plateforme www.allo119.gouv.fr ou encore via le chat 119 nouvellement mis en place en avril. Les professionnels qui décrocheront seront tout à leur écoute et sauront les orienter. Mais si le danger est grave et immédiat, la situation urgente, il faut penser et composer les numéros d’urgence, notamment le 17 police secours. Pour les victimes d’inceste devenues adultes, elles peuvent également signaler les faits dont elles ont été victimes auprès du procureur de la République de leur lieu de domicile ou encore en allant dans leur commissariat de quartier ou brigade de gendarmerie.
En tant que témoins, il est important de leur dire qu’ils sont un relais/un soutien/un maillon primordial dans les affaires d’inceste, étant souvent à l’origine des enquêtes. Ils peuvent parfaitement utiliser les mêmes canaux pour révéler les faits.
Dans le cas de la mini-BD sur l’inceste, le conseil qui peut être donné à la personne témoin en ligne de faits commis sur le jeune Max est de conserver les images et/ou vidéos auxquelles elle a été confrontée de manière incidente et de les signaler en ligne soit sur www.pointdecontact.net soit sur www.internet-signalement.gouv.fr. Elle peut aussi se déplacer directement auprès des autorités policières pour les signaler.
Il existe de nombreux moyens de signaler des abus sexuels sur mineurs, ces agissements ne peuvent pas, ne doivent pas rester silencieux. »

BASE LEGALE

Inceste : Article 222-31-1 du Code pénal

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037289525

Les contenus d’abus sexuels sur mineurs sont des actes sexuels infligés à un mineur hors ligne ou en ligne et enregistrés sur un support informatique. Il peut s’agir de contenus impliquant un comportement sexuellement explicite envers la victime (attouchements, agression, viol), ou montrant des organes sexuels lorsque ceux-ci sont produits ou utilisés à des fins sexuelles. Il peut également s’agir de contenus à caractère sexuel autoproduits, partagés dans le cadre de sollicitations sexuelles en ligne (situations de grooming ou de sextorsion) par un adulte à un mineur.

Contenus d’abus sexuels sur mineurs : Article 227-23 du Code pénal

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043409170

Cet article pénalise la diffusion, la fixation, l’enregistrement, la transmission, l’importation ou l’exportation d’images ou de représentations lorsque celles-ci présentent un caractère pornographique, ou encore, la consultation habituelle ou en contrepartie d’un paiement d’un service de communication au public en ligne mettant à disposition une telle image ou représentation. Cet article réprime également les représentations de mineurs (desseins, contenus virtuels, etc.) ou de personnes dont l’aspect physique est celui d’un mineur.

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Remerciements à Pedro Junior illustration – www.pedro-junior.com

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Avec le soutien financier de la DG Justice (Rigths, Equality and Citizenship (REC) Programme) de l’Union européenne, dans le cadre du projet Click@ble – Make children able to “click” free from cyber sexual violence

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