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QUESTIONS A LAURENCE BINDNER

Laurence Bindner – co-fondatrice de JOS Project, plateforme d’analyse des discours extrémistes en ligne.

Qu’évoque pour vous cette bande-dessinée ?
Cette bande dessinée décrit une situation qui se rencontre fréquemment. Des publications qui font l’apologie du terrorisme sont en effet régulièrement partagées sur les réseaux sociaux. Elles ont plusieurs conséquences possibles :

Tout d’abord, le partage de ces publications fait le jeu de la propagande terroriste. En effet les groupes terroristes mènent de manière générale le combat du « faible contre le fort ». Ils ont par conséquent besoin de médiatiser leurs actions, afin de les magnifier, de faire parler d’eux, d’offrir une exposition à leur cause. La propagande est ainsi l’élément central de leur visibilité qui leur permet de recruter, de diffuser leur idéologie, leurs stratégies, leurs tactiques.

Dans la BD, la publication partagée montre des victimes du terrorisme. Diffuser des images de blessés ou de corps de personnes décédées ou défigurées constitue une atteinte à leur mémoire. Cela peut également être traumatique pour les familles de ces victimes et un obstacle à leur processus de deuil.

Partager ces contenus banalise la violence. A force d’être mis en contact avec la violence, qu’elle soit graphique ou qu’elle relève d’un champ lexical brutal, on finit de facto par s’y habituer, notre sensibilité finit par s’émousser. C’est l’ouverture de la fenêtre d’Overton, ou fenêtre d’acceptabilité : plus on s’acclimate au niveau de violence ambiant, plus celui-ci peut s’intensifier.

Les internautes qui croisent ces publications sont impactés. Certains peuvent être traumatisés par la violence de certains contenus. Chez d’autres, ils peuvent éveiller l’intérêt, voire la curiosité. Ils peuvent alors désirer entrer en contact avec les auteurs de ces publications et ainsi être canalisés dans une écosystème numérique radical. Enfin rencontrer ces contenus peut également avec un effet « excitant » et inspirer des actes violents par mimétisme.

C’est pour toutes ces raisons que les publications relevant de l’apologie du terrorisme sont punies par la loi.

Selon-vous, le signalement en ligne est-il un outil efficace pour lutter contre les contenus à caractère terroriste ?
Plusieurs moyens et acteurs peuvent lutter contre la prolifération des contenus terroristes. Cette lutte se joue au niveau militaire (plus un groupe terroriste subit la pression sur le terrain, moins il dispose de ressources à attribuer au champ de la propagande), ainsi qu’au niveau des plateformes, avec depuis 2015 une forte prise de conscience des grandes plateformes de la nécessité de ne pas se faire le portevoix de groupes terroristes. Elles ont donc investi en intelligence artificielle et en « modérateurs », mix nécessaire pour faire face au volume d’une part et pour repérer de manière fine ce qu’est un contenu terroriste. D’autre part, les autorités ont également mis en place des processus pour déréférencer ou bloquer des sites. Mais, précisément, ces différents acteurs ont besoin d’un engagement large de la société pour être alimentés en contenus illicites, afin de faire face à leur volume et à leur diffusion potentiellement rapide. La vigilance et le civisme, nécessaires au niveau de la société s’avèrent également cruciaux dans l’espace numérique, au niveau de chacun d’entre nous : lorsque l’on croise un contenu terroriste, ne pas le signaler expose autrui, augmente la « violence » numérique globale et constitue,
pour certains contenus, une atteinte à la mémoire des victimes. Le signalement est le levier dont on dispose à notre échelle.

Quelle serait l’action prioritaire à mettre en place pour lutter contre ces contenus ?

La définition claire d’un périmètre des contenus à caractère terroriste est un point crucial qu’il faut continuer à préciser. C’est d’ailleurs ce que s’accordent à faire les pays de l’Union Européenne avec la mise en place de règlements pour lutter contre. La définition de terrorisme pour un Etat n’est pas forcément la même que pour un Etat voisin, et tous les Etats n’ont pas les listes identiques de groupes désignés comme terroristes (on dit parfois que « les combattants de la liberté des uns sont les terroristes des autres »).

Néanmoins, à notre échelle et pour effectuer un signalement, il est aisé et souvent intuitif d’identifier ce qui peut constituer un contenu illicite à caractère terroriste : apologie de la violence, diffusion de photos de victimes, diffusions d’images d’attaques de groupes terroristes, incitation à cibler une personne ou un groupe de personnes, tutoriels d’armes etc. La prise de conscience que chacun peut agir, par responsabilité et civisme, à son échelle pour réduire les risques et protéger autrui est cruciale.

 

BASE LEGALE

L’apologie du terrorisme en ligne

Ce sont des images, vidéos ou propos portant un jugement favorable à des actes terroristes ou à leur auteur. Par exemple, le fait d’exprimer un soutien à des terroristes sur les réseaux sociaux, ou encore le partage d’images issues d’un acte terroriste peuvent être considérées comme de l’apologie du terrorisme.

Article 421-2-5 du Code pénal https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000029755573/

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